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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Logement et territoires

Des logements inclusifs, pour quels handicaps ?

©FlickrCCakiraazakura
  • 381
  • Par Murielle Timmermans
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Dans le reportage vidéo qu’elle a réalisé pour AlterEchos.be, Murielle Timmermans met en évidence les difficultés que rencontre une personne aveugle pour trouver un logement. Pas facile de naviguer sur les sites d’annonces immobilières, de trouver une personne disponible pour vous décrire les photos et vous accompagner aux rendez-vous, de vaincre les réticences de certains propriétaires, etc. Se pose aussi la question des logements publics adaptés aux personnes handicapées, pour lesquels le temps d’attente est beaucoup plus long que pour l’attribution d’un logement social ou communal classique, et qui se situent au rez-de-chaussée. Une situation nécessaire pour des locataires à mobilité réduite, mais moins sécurisante pour des personnes aveugles. Après avoir réalisé ce film, Murielle Timmermans a interpellé le secrétaire d’État bruxellois au Logement, Christos Doulkéridis (Écolo).

En prélude à l’interview, Christos Doulkéridis a visionné le reportage. Il réagit à chaud : Je ne suis pas étonné d’entendre ce que j’ai entendu là. Nous travaillons sur la problématique du logement en général, qui n’est déjà pas évidente, parce qu’il n’y a pas suffisamment de logements publics à Bruxelles. Depuis que j’ai pris mes fonctions, on a essayé d’intégrer de manière structurelle l’objectif de trouver des réponses pour tous et pour toutes les situations. On a introduit dans le contrat de la Société du logement de la Région de Bruxelles-Capitale (SLRB) des objectifs minimaux de production de logements qui sont adaptés. On a mis en place une collaboration avec l’Association nationale pour le logement des handicapés (ANLH) pour pouvoir travailler sur un site web consacré aux logements adaptés aux personnes handicapées, dans la diversité des handicaps. J’ai travaillé aussi sur le tourisme, pour faire en sorte qu’on sensibilise tous les acteurs à prévoir des aménagements adaptés.

Mais on est encore à des années-lumière de ce qu’il faudrait faire pour pouvoir simplement permettre à toutes ces personnes porteuses d’un handicap de vivre normalement. Ça nous renvoie à notre manière d’aborder la question de la différence. Et ça me renvoie à ce constat que je fais à chaque fois, qui est que l’on reste, malgré nos bonnes intentions, encore extrêmement loin d’une société satisfaisante par rapport à cette problématique.

Murielle Timmermans : Le décret Inclusion veut mettre en place des logements inclusifs. Pensez-vous que ce soit possible ?

Christos Doulkéridis : Nous avons développé des pistes par rapport à cela. Il y a l’habitat groupé, qui permet de vivre avec un maximum d’autonomie tout en bénéficiant d’un encadrement. Le fait de prévoir des habitats adaptés dans le logement social. Le fait de soutenir la mise en place d’un véritable site Internet spécialisé dans le logement pour les personnes en situation de handicap, de façon que les particuliers puissent aussi proposer des appartements à la location ou à la vente, en indiquant les spécificités qui peuvent correspondre aux différentes formes de handicap. Le but est de faciliter la rencontre entre l’offre et la demande par rapport à ce public-là.

Il faut, lorsqu’on construit, avoir un minimum de 5 % de logements adaptés dans le logement social. Le fait aussi de prévoir des logements accessibles, de manière générale, va dans cette direction aussi.

Ces initiatives vont dans la bonne direction, mais il y a un travail culturel encore énorme à réaliser par les différents décideurs. Je pense qu’il faut aussi sensibiliser les futurs professionnels pour que, au moins, la génération qui va arriver sur le marché du travail et qui va construire nos villes puisse intégrer de manière structurelle cette logique d’inclusion.

M.T. : Au niveau du logement, je me demande s’il existe des mesures différenciées. Ce qui est problématique pour moi quand je cherche un logement, surtout dans le secteur public, c’est qu’on me renseigne tout le temps sur des rez-de-chaussée. De plus, bien souvent, les critères d’attribution de la SLRB sont inadaptés. Nous – aveugles – avons plutôt besoin de critères liés à l’environnement du logement. Il y a quelques années, j’avais un appartement à Boitsfort à un endroit très mal desservi en transport public, et quand j’ai voulu avoir une mutation, les critères d’environnement n’étaient pas pris en compte.

C.D. : Effectivement, il y a une dimension culturelle à cette problématique. Les personnes qui travaillent sur ces questions ont l’impression que les logements adaptés doivent répondre à des enjeux d’accessibilité. Ce que nous avons prévu, pour faire face à la diversité des handicaps, et parce que nos architectes et nos gestionnaires de projets ne sont pas suffisamment formés là-dessus, c’est de travailler avec un partenaire qui est spécialisé dans ces questions-là. L’ANLH conseille, pour la rédaction des cahiers des charges, ceux qui sont chargés de construire.

Là où je vous entends aussi, c’est sur l’importance des critères sur l’environnement du logement. C’est vrai que cette approche plus globale fait défaut à l’ensemble de nos politiques de manière générale. Et elle est éclairante sur ce qu’il faut améliorer dans nos politiques dans les années qui viennent.

M.T. : C’est peut-être dû au contexte, parce que chaque association traite d’un handicap en particulier.

C.D. : C’est vrai qu’il y a un phénomène de spécialisation qui a lieu dans les associations, mais l’ANLH devrait avoir une vue suffisamment globale. Ce qui est important pour les pouvoirs publics, c’est de subventionner les associations qui font un travail énorme pour aider les familles, pour aider les personnes à trouver des solutions intelligentes et aussi pour aider le politique à prendre les meilleures mesures possible. Cela fait partie de la démocratie. On ne peut pas travailler toujours avec une seule personne.

M.T. : Quelle est la proportion de logements adaptés par rapport à l’ensemble des logements ?

C.D. : Nous avons prévu qu’il y ait 5 % de logements adaptés, 20 % de logements adaptables et 75 % de logements accessibles dans toutes les nouvelles constructions. Mais, clairement, quand on parle de logement adapté, on pense aux personnes à mobilité réduite, et spécialement celles en chaise roulante.

M.T. : Y a-t-il des moyens financiers spécifiques dégagés pour mettre en œuvre le décret Inclusion ?

C.D. : Les arrêtés d’exécution du décret sont en train d’être adoptés. Il est pour moi évident que la prochaine législature devra donner les moyens pour que les intentions qui sont reprises dans le décret Inclusion deviennent des réalités et qu’elles bénéficient donc de budgets. Mais la logique principale de l’inclusion est telle que les budgets ne doivent pas tous venir du ministre ou de la ministre en charge des personnes handicapées. C’est dans le cadre de toutes les autres politiques qu’il faut prévoir les budgets de l’inclusion. La responsabilisation doit être totalement transversale, même si la ou le ministre en charge des personnes handicapées doit peut-être établir un baromètre, donner des conseils et guider.

Propos recueillis par Murielle Timmermans

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