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Déclic tour: l’entrepreneuriat
en chemin

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L’association Déclic en perspectives a organisé, fin août, un tour en Belgique francophone pour 30 jeunes désireux de se lancer dans la création d’une entreprise sociale. Pendant huit jours, Diane, Marie, Karim et les autres sont partis à la rencontre d’acteurs sociaux. À la fin du parcours, un but : provoquer le déclic.

«Le déclic, c’est par là que ça se passe», indique une pancarte à l’entrée de l’Espace culturel Lumen, à Ixelles, où se réunissent pour la première fois, ce 26 août, les trente jeunes sélectionnés, âgés de 19 à 35 ans, et la dizaine de volontaires de l’asbl pour le lancement de la première édition du Déclic tour.

«Je ne veux pas attendre le changement politique, je veux prendre les choses en main», dit Émilie, une des participantes. «Je vise un projet solidaire et écologique», lance de son côté Anne-Catherine. À ce stade, beaucoup n’ont qu’une vague conception de ce qu’ils veulent faire et mettent surtout l’accent sur leur volonté de s’impliquer dans la société. D’autres ont une idée un peu plus précise, mais aucun projet n’est parfaitement défini. Et c’est bien là l’idée : l’équipe des bénévoles a justement pour objectif d’aider les jeunes à transformer leur fibre sociale en un projet concret d’entreprise sociale. «Nous avons remarqué qu’en Belgique, il existe de nombreuses structures travaillant sur la sensibilisation aux questions sociales ou sur l’accompagnement des porteurs de projet, mais nous pensons qu’il y a une place à prendre entre les deux pour compléter l’écosystème des acteurs déjà présents», explique Mathilde Stockaert, cofondatrice de l’association Déclic en perspectives. Sur 65 candidatures, 30 jeunes ont été sélectionnés. «Un choix basé sur leur motivation et sur le degré de maturité de leur réflexion : ni trop ni pas assez poussé», ajoute Mathilde.

«On sent qu’il y a une espèce de gouffre, on n’arrive pas à toucher les jeunes.» Barbara Garbarczyk, SAW-B

«Sensibiliser une frange large de la jeunesse à l’économie sociale est essentiel mais n’est pas une tâche facile», explique Barbara Garbarczyk, de Solidarité des alternatives wallonnes et bruxelloises (SAW-B). «On sent qu’il y a une espèce de gouffre, on n’arrive pas à toucher les jeunes», reconnaît-elle. Barbara est une des trois coachs prêtant main-forte aux bénévoles du Déclic tour. Elle apporte son expertise dans le domaine des entreprises sociales. À ses côtés, Martin Ophoven, comédien improvisateur, exploite ses compétences pour influer du dynamisme dans le groupe, tandis que Raphaël Guilbert, coach entrepreneurial, tente de libérer le pouvoir créateur des participants.

Apprendre à se connaître

Au quatrième jour de leur périple, les jeunes, accompagnés des dix organisateurs et trois facilitateurs, investissent les locaux de la faculté d’économie, de gestion et de sciences sociales de l’Université de Liège (HEC Liège). Dans une odeur de café, Lucille, l’une des bénévoles, prépare fruits et biscuits pour la pause-déjeuner, pendant que ses collègues font le point sur la journée. Les participants, eux, sont en pleine séance de coaching centrée sur l’engagement. Le spécialiste de l’improvisation théâtrale lance «Manger bio est important» à la quinzaine de participants placés en devant lui. En fonction de l’écho que cette phrase a chez eux, les jeunes avancent, certains d’un pas décidé, d’autres plus prudemment, tandis que les derniers campent sur leurs positions. «L’idée est qu’ils s’interrogent sur leurs valeurs et qu’ils se rendent compte qu’il ne faut pas toujours aller chercher trop loin pour sentir les pulsions qui les animent», explique Martin.

Alors qu’ils en sont déjà à mi-parcours, les participants ont principalement jonglé entre ce que les organisateurs appellent la «phase d’introspection» et la «phase d’inspiration», à savoir, des séances de coaching, organisées dans le but de faire émerger les potentiels des uns et des autres, et des rencontres d’entrepreneurs sociaux. Ces entrevues, très appréciées, permettent aux jeunes de mieux appréhender les spécificités du terrain et de questionner les professionnels du secteur social sur le fonctionnement de ces entreprises, leurs modes de financement, les motivations et difficultés des fondateurs, etc.

«[…] Il y a tout un cheminement logique et réfléchi au niveau de l’organisation. Je n’ai jamais suivi de programme aussi constructif.» Marie, une participante

«Je ne sais pas si j’arriverai à trouver un projet à la fin du Déclic tour», reconnaît Diane, 22 ans, au détour d’un couloir. Une incertitude partagée par une grande majorité des jeunes à ce stade de la formation, mais qui ne semble pas constituer chez eux une réelle crainte de l’échec. Son amie Marie, qui a déjà participé à un programme du même type lors de ses études de commerce, est d’ailleurs plus optimiste. «C’est la première fois que j’y crois vraiment, car il y a tout un cheminement logique et réfléchi au niveau de l’organisation. Je n’ai jamais suivi de programme aussi constructif», se réjouit-elle. Les deux jeunes femmes, qui se sont rendues ensemble au Déclic tour, espèrent à terme réaliser un projet commun. Si, pour beaucoup, cette phase d’introspection est essentielle, Caroline attend avec «impatience» la «phase de mise en action», ultime séquence du programme, car elle trouve «un peu trop redondantes» les activités liées au développement personnel.

Vers un projet concret

Au cinquième jour, le groupe embarque dans un bus à destination de Tilff, un village bordé par l’Ourthe situé à une dizaine de kilomètres de Liège. C’est là que, pour la première fois, les jeunes se penchent sur une idée concrète d’entreprise sociale. «On a volontairement repoussé ce moment à la fin du Déclic tour pour ne pas leur mettre de pression et parce qu’on pense qu’il est important de se connaître soi-même avant de se lancer dans un projet», explique Barbara Garbarczyk.

Ils entrent alors dans le vif du sujet et élaborent un premier «business model».

Mais encore une fois, pas question de brusquer les choses : au cours de cette journée, les participants vont faire mûrir leur réflexion pas à pas. Dans un premier temps, ils s’éparpillent individuellement dans un vaste domaine verdoyant et ensoleillé, puis ils sont invités à partager leur réflexion entre eux ou avec les facilitateurs. «C’est un moment charnière, puisque c’est la journée de l’émergence des idées, durant laquelle les jeunes tentent de lier les aspects plus personnels à leurs formations professionnelles», affirme Mathilde Stockaert. Dès le tour de table organisé dans l’après-midi, plusieurs idées émergent. Ils entrent alors dans le vif du sujet et élaborent un premier «business model», un outil de création d’entreprise qui leur permet d’analyser le potentiel de leur modèle économique.

L’étape suivante mène l’ensemble du groupe à Charleroi, où les échanges se poursuivent et les premiers plans concrets commencent à voir le jour. Enfin, retour à Bruxelles le 2 septembre, pour une soirée au cours de laquelle les participants présentent un à un leur idée aux partenaires du Déclic tour et acteurs de terrain. «Ils sont tous à un stade un peu différent, mais d’une manière ou d’une autre, cette expérience les a fait cogiter et enrichit leur confiance», constate Mathilde.

Tous ou presque ont formulé une idée mais certains, comme Karim, sont plus avancés que d’autres. Nous le contactons moins d’une semaine après son retour à Bruxelles, alors que le jeune homme a mis le cap sur le Maroc, où il envisage de fabriquer des sacs réutilisables et durables à partir de matériaux locaux. «J’ai commencé par faire une étude de marché dès mon arrivée ici en questionnant mon public cible et j’ai fait quelques recherches pour m’inspirer des initiatives déjà prises dans le même domaine», raconte-t-il.

Du déclic à l’inauguration

Si certains projets découlent d’une longue réflexion, Diane et Marie ont quant à elles eu le «déclic» grâce à un des facilitateurs, qui leur a posé une question simple : «Qu’est-ce que vous feriez gratuitement si vous gagnez le million d’euros au Lotto?» Les deux amies ont finalement été rejointes par une troisième participante, Anne-Catherine, dont elles louent l’«expérience», la «motivation» et le «dynamisme». Ensemble, les trois jeunes femmes veulent se lancer dans la commercialisation de soupes et de smoothies confectionnés avec des fruits et légumes invendus.

«[…] Bien que nous proposions des ateliers à la carte, il faudrait améliorer le soutien individuel que nous pouvons offrir.» Lucille Rieux, Déclic en perspectives.

Pour les organisateurs, l’émergence d’une initiative comme celle-là valide la méthode du Déclic tour, ses trois phases d’action et le rapport entre elles. En huit jours, «on a la possibilité de prendre le temps et cela permet d’assurer un vrai lien entre les valeurs et compétences des participants et la proposition du projet», analysent-ils. D’un sauna de quartier fonctionnant avec des énergies renouvelables à un jardin partagé pour alimenter un restaurant social, les idées sont nombreuses et variées et seuls deux participants n’ont pas présenté de projet final. «Certains ont déjà leur projet au cinquième jour, d’autres ont besoin de plus de temps, et, bien que nous proposions des ateliers à la carte, il faudrait améliorer le soutien individuel que nous pouvons offrir», estime la deuxième cofondatrice de l’asbl, Lucille Rieux.

Mais entre ces ébauches d’entreprises sociales et leur lancement concret, il reste bien entendu des étapes à franchir, pour lesquelles les porteurs de projet ne seront pas abandonnés à leur sort. Six structures, dont l’organisation internationale Ashoka ou VentureLab, l’incubateur de projets entrepreneuriaux pour étudiants en Belgique francophone, vont les accompagner tout au long de cette nouvelle phase de leur parcours. Deux journées de suivi seront organisées, notamment pour aiguiller les participants vers les partenaires de l’asbl. Enfin, les porteurs de projet se réuniront en groupe de soutien une fois par mois aussi longtemps que cela sera nécessaire pour eux, indique Lucille Rieux. Les membres de l’asbl comptent bien suivre de près l’évolution des participants et prendre en considération les retours d’expérience de tous les acteurs impliqués cette année afin d’améliorer et de renforcer la seconde édition du Déclic tour. Une piste se dégage déjà: accueillir un plus grand nombre de participants afin d’augmenter les chances de voir naître encore plus d’entreprises sociales.

Autre enjeu: approfondir la mixité sociale les prochaines années. Malgré l’instauration d’un prix démocratique de 100 euros tout compris pour huit jours, les organisateurs reconnaissent que les jeunes intéressés sont plutôt issus d’un milieu socioculturel favorisé et disposent pour la plupart d’un diplôme supérieur. Plus de participants, plus de diversité. Pour encore plus de déclics en année deux.

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