Alter Echos : Rebondir sur l'innovation sociale L'actualité sociale, avec le décodeur

alterecho-banner-abonnement

Banners_FB


  • capture-decran-2016-11-30-a-15-39-54
  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

    Share on LinkedInShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on Facebook

    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

    Share on LinkedInShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on Facebook

banniere_drogue


single-alter-echos.php

(Aide à la) jeunesse

Céline Delbecq: «J’ai beaucoup d’affection pour cette jeunesse rejetée»

© Pierre Jassogne
© Pierre Jassogne
  • 417
  • Par Pierre Jassogne
Share on LinkedInShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on Facebook

L’Enfant sauvage, la pièce de Céline Delbecq, évoque le quotidien difficile des enfants et de leur famille d’accueil. La metteuse en scène s’inspire notamment de son expérience comme bénévole dans une institution.

Alter Échos: Comment est né L’Enfant sauvage?

Céline Delbecq: Cela fait longtemps que j’y pensais. En 2002, à 16 ans, je suis entrée pour la première fois dans le monde des enfants du juge. Puis, l’année suivante, dans le monde des adolescents placés par le juge. À chaque fois, une nouvelle bataille face à ces jeunes, âgés entre 13 et 21 ans, et les yeux noirs de colère. Depuis treize ans, comme bénévole, je travaille avec ces adolescents en institution et il me semble que l’écriture peut permettre, le temps d’un spectacle, de remettre ces enfants et adolescents au centre de leur histoire.

A.É.: On imagine que le spectacle s’est construit avec vos différentes expériences avec les jeunes…

C.D.: Oui, d’autant plus que je connais le vocabulaire de ces jeunes, où ils évoquent leur famille d’accueil, leurs éducateurs référents, les juges, les psys… J’ai beaucoup d’affection pour cette jeunesse rejetée, oubliée, délaissée. Ce qui est intéressant, c’est que ces jeunes ne se censurent pas quand ils parlent. Ils aiment se foutre de la gueule du monde, c’est comme cela qu’ils existent. Ils ont dû s’endurcir. Je me souviens d’une discussion où l’un d’eux évoquait la façon dont il se faisait virer systématiquement de ses familles d’accueil. Les jeunes que j’ai rencontrés jouent à tester la durabilité du lien parce qu’ils ont toujours été rejetés. Ils ont toujours été abandonnés. Dès qu’ils ont une famille d’accueil, ils s’amusent à mettre le bordel, rien que pour se prouver à eux-mêmes qu’ils vont encore être abandonnés.

A.É.: Puis il y en a qui s’en sortent, d’autres moins…

C.D.: C’est vrai, ce n’est pas évident surtout pour des jeunes placés qui ont des troubles du comportement, qui sont plutôt difficiles, parfois violents, presque fichus d’avance, mais je reste persuadée que ce qui peut les sauver, c’est la famille d’accueil. Mais ce qui est terrible, par contre, c’est quand ils sont plus grands, ils ont beaucoup moins de chance d’avoir une famille. Il ne faut les oublier non plus.

A.É.: Comment expliquez-vous le rejet de ces jeunes?

C.D.: Tout simplement parce que beaucoup de gens ignorent cette réalité. Ils ne savent même pas que cela existe, y compris les spectateurs de cette pièce. Or, je suis convaincue qu’ils pourraient être de formidables parents d’accueil. C’est dû à un manque d’informations. J’en suis même persuadée, sans quoi il n’y aurait pas ce spectacle. C’est sans doute naïf de ma part, utopique même, mais j’ai envie de croire qu’en mettant un coup de projecteur sur cette réalité, les choses vont changer. C’est pour cela qu’à la place d’un programme traditionnel, on a créé des petits cartons d’informations sur les possibilités pour accueillir ces enfants, les différences aussi entre l’accueil d’urgence ou le parrainage, par exemple…

A.É.: Concernant votre travail de bénévole en institution, comment le conciliez-vous avec votre activité théâtrale?

C.D.: C’est pendant les vacances, une à deux semaines par an. Mais avec eux, je ne fais pas de théâtre. Je suis comme une éducatrice, et c’est l’occasion de faire des ateliers comme du slam, par exemple. Mais si l’initiative ne vient pas d’eux, c’est la croix et la bannière. Tout ce qu’il faut faire, c’est de les intéresser. Une fois, j’avais envie de les interviewer, et je me suis vraiment pris la tête pour voir comment j’allais pouvoir les convaincre. Parce qu’ils ne se livrent pas facilement. J’avais préparé une liste de questions et je sortais de temps en temps ma caméra, je les filmais, et puis l’un d’eux m’a dit en la voyant, si on pouvait faire des interviews. Puis, de fil en aiguille, on a évoqué leur rapport à la famille, mais il faut que cela vienne d’eux.

A.É.: Ce qui vous touche aussi, c’est que, à côté de la pièce, il y a des connexions qui peuvent se faire entre des institutions pour enfants, des parents d’accueil, des enfants ou de futurs éducateurs…

C.D.: C’est essentiel pour moi ce lien entre le social et l’artistique. Quand cela est permis comme avec L’Enfant sauvage, j’en suis heureuse. J’espère que les rencontres iront dans ce sens. Toutes ces associations permettent aussi à des spectateurs non habitués au théâtre de découvrir cet univers, et c’est magnifique parce qu’ils peuvent apporter un autre regard sur le travail de création. C’est tellement plus porteur, plus signifiant aussi.

Share on LinkedInShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on Facebook
sidebar fil info
Avec le soutien de
 
  • Agence Alter 57, rue Guillaume Tell – 1060 Bruxelles
  • Téléphone : +32 2 541 85 20
  • © Alter 2014