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(Aide à la) jeunesse

BruXitizen : quand les jeunes sont à l’écoute

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  • Par Gilda Benjamin
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Comment faire de Bruxelles une ville où les jeunes ont leur place ? Telle est la vaste thématique proposée par la deuxième édition de BruXitizen sous une forme inédite, celle du forum ouvert.

Tricoter du lien : le principe de « La Tricoterie », lieu de rencontres à Saint-Gilles, s’appliquait parfaitement au forum ouvert aux jeunes de 18 à 35 ans, organisé par l’Agence Alter les 24 et 25 octobre. Cette méthode d’animation fait du participant un acteur et un initiateur de débats à part entière. Le programme du jour pour ce festival BruXitizen[x]1[/x] s’établit selon les propositions, les ateliers se forment, les idées se précisent, chacun y prend part selon ses envies et ses préoccupations. À la fin de chaque débat, l’initiateur s’engage à rédiger un rapport de conclusions pour informer la collectivité.

Très vite l’écoute s’installe, les problématiques principales se dessinent, les groupes se forment, composés de jeunes de tous horizons et d’acteurs du milieu associatif. Le premier jour, consacré aux questions à débattre, peut commencer…

DES DÉBATS

Rêves et désirs

Qu’ils soient de Molenbeek, d’Ixelles ou d’Auderghem, les jeunes expriment de nombreux désirs en commun. Amour, partage, échange, famille… Autant de mots qui ont un sens pour tous et justifient à eux seuls leur présence. Respect, reconnaissance et liberté aussi.
« Je n’ai pas envie d’être adulte trop tôt : la pression est trop forte. Il faut un job, réussir ses études… J’ai surtout envie de trouver un sens à ce que je fais », exprime un jeune homme tout juste sorti de l’adolescence. Il y a l’envie de changer d’horizon, de nourrir des passions en dehors des études. Des propositions fusent : œuvrer pour plus d’égalité, instaurer des transports gratuits, prendre le temps de construire une société en fonction des compétences de chacun, multiplier les rencontres…

Ces jeunes qui prennent la parole avec enthousiasme en ont assez des préjugés, des rejets, du mépris selon leur apparence physique ou leur appartenance communautaire. « Il faut arrêter le cliché casquette. Chacun a le droit de s’exprimer avec ses mots, son langage ». Junior, 17 ans, membre de Solidarcité, habite près des Marolles. Présent durant les deux jours, il a participé à plusieurs ateliers : « Ici, il faut savoir écouter et s’exprimer, oser dire sa propre opinion sans obligatoirement suivre celle des autres. Certains de mes camarades seraient bien venus, mais n’auraient pas osé prendre la parole car ils estiment ne pas parler assez bien ! Je vais leur raconter ce que j’ai vécu, en tout cas aux plus ouverts. D’autres pensent que sortir de son quartier fait de toi un pauvre type ! Moi, je pense que même si tu ramasses des coups sur la tête, il faut oser aller ailleurs. » La parole circule, les avis convergent. « Faire des rêves, c’est bien, mais il faut les concrétiser ! » sourit Bilal.

Identité culturelle à Bruxelles : mixité et solidarité

Comment définir une identité urbaine quand il est déjà si difficile de construire la sienne ? Les jeunes présents avouent leur désarroi. Une identité ? OK. Mais culturelle ? Bruxelles est multiple, complexe, riche mais pour se sentir bruxellois, il faut se sentir accepté.

Mehdi, 37 ans, fait partie de l’organisation Bruxelles Babel. La mixité, il la côtoie. Les participants au débat sont nombreux, le cercle ne cesse de s’agrandir car la thématique concerne tout le monde. « Il existe moins de fractures culturelles pour les jeunes aujourd’hui qu’il y a 15 ans, mais peu s’approprient la ville, ne se sentant appartenir qu’à un quartier ou à une communauté. »

Chelsea, 23 ans, est étudiante à Saint-Louis en Info et Communication. Elle vit BruXitizen comme journaliste en herbe, mais aussi actrice des débats. « J’ai remarqué une énorme diversité dans les propos et la manière de voir Bruxelles. La richesse de cette ville réside dans sa diversité et l’on doit la mettre en avant dans les écoles, les universités. La ville fonctionne trop de commune à commune. J’ai grandi à Grimbergen puis à Jette et à Molenbeek et j’ai étudié à Schaerbeek pour poursuivre maintenant à Saint-Louis. Habituée à évoluer dans des quartiers différents, je trouve dommage de ne pas s’ouvrir. Il faut prendre le métro et bouger : les mains qui se tiennent aux barres d’appui y sont de différentes couleurs et c’est à l’image de cette ville pour moi qui suis née au Congo, mais qui ai grandi ici. Ma ville, je la défends bec et ongles ! »

Une place pour les jeunes : quelle place ?

Ils s’assoient, toujours en rond, un thé ou un café à la main. On mange un croissant, on discute avec certains, les contacts se nouent. Une façon, déjà, de dire qu’on existe et que son avis compte. Le ton est vite unanime : inutile de se lamenter, sa place il faut la prendre, la créer. Les parents ont un rôle à jouer pour que, dès le plus jeune âge, les jeunes osent prendre la parole. Ce forum est une possibilité pour passer du statut de spectateur à celui d’acteur.

Romain, 22 ans, stagiaire à l’AMO Atmosphères à Schaerbeek, termine ses études d’assistant social. Surpris par la forme du forum ouvert, il s’attendait à quelque chose de plus structuré. Mais la liberté totale comporte aussi ses côtés agréables. « La jeunesse, c’est la vie, il faut lui donner les moyens d’être acteur du changement, pas seulement dans la révolte mais aussi dans la construction. Pleins d’énergie, de rêves, de bouillonnements, ils ne demandent qu’à s’exprimer. Mais ils sont aussi découragés, défaitistes. Parfois, la pression du système est tellement forte que leurs désirs se retrouvent enfermés dans des cages. Du coup, difficile pour eux d’avouer leurs envies. »

DES ACTIONS

Rencontres bruxelloises

Après une journée riche en énergie et idées échangées, le temps est venu d’ébaucher des propositions, de prolonger le débat par des projets, pour aller au-delà des deux jours de l’événement.

L’envie est forte de réactiver le tissu social, de créer des modules dans les écoles primaires pour parler de la diversité qui compose Bruxelles, d’effectuer en amont un travail pour contrer les peurs et les discriminations. Il s’agit surtout de travailler la confiance en soi chez les jeunes et de valoriser leurs capacités. Et enfin, de faire en sorte que les jeunes se réapproprient l’ensemble du territoire bruxellois. L’un des participants propose d’avancer par étapes, de « changer les mentalités à petite échelle, en commençant par la famille, les amis… ».

Oliver, 32 ans, a fait des études de droit et sciences politiques et travaillé dans le milieu européen. Il est à la recherche d’un emploi. « Je suis venu sans a priori, ce type d’événement peut m’éclairer dans mon engagement citoyen, politique. J’ai été touché par les personnes d’horizons différents motivées à débattre et s’exprimer. J’y ai trouvé aussi une tonalité artistique que je connais moins, très enrichissante. Je vis à Auderghem où je suis très impliqué dans la vie de mon quartier. Agir concrètement et localement m’est nécessaire. Mais en venant ici, il est intéressant de défendre ses convictions et de découvrir qu’il y a des nuances à apporter à ses propres opinions au contact des autres. »

L’art dans la ville

D’autres rêvent d’une ville en couleurs, où chacun pourrait s’exprimer graphiquement et artistiquement en créant des lieux d’expression : lieux réservés aux tags, arbres tricotés…

Sandra, 40 ans, chorégraphe, a participé activement avec sa tête et son corps, aux deux jours de BruXitizen. Libération de l’esprit et relaxation, c’est ce qu’elle a voulu insuffler au public présent. « Il faut lâcher prise, faire confiance, tu te rends compte que ta proposition n’a pas plus de poids que celle d’un autre. Ici, on apprend l’humilité. Et l’on peut partager son expérience partout, avec tout le monde. »

Et pourquoi pas des microforums ?

Échanger, s’enrichir à l’écoute de l’autre, initier des projets… Plusieurs proposent que des microforums se créent sous la forme d’arbres à palabres dans les quartiers de la ville, ouverts à tous les habitants, avec l’appui des maisons de quartier, des associations, l’aide des communes et le relais de Facebook. L’intention est de créer du lien et de favoriser la cohésion sociale en unissant des forces et des valeurs communes. Avec l’envie de « se réapproprier sa vie, et sa ville ».

Solliciter au maximum les différentes associations bruxelloises pour multiplier les contacts et créer des moments de rencontres sont d’autres moyens de faire grandir l’action. Tout comme l’utilisation des réseaux sociaux pour échanger, porter la parole de BruXitizen, continuer l’émulation commencée durant ces deux jours.

On promet de rester en contact, de se tenir au courant, d’avancer… « C’est en cheminant que le chemin se trace »… Ailleurs, à Bruxelles, et au-delà.

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