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Biométhanisation : une énergie verte, des agriculteurs dans le rouge

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  • Par Julien Winkel
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Est-il intéressant pour un agriculteur de se lancer dans la biométhanisation ? Jusqu’il y a peu, la réponse était « oui ». Aujourd’hui, la situation s’est corsée. Plus que solidement…

Six mois. Voilà grosso modo le temps qu’il resterait à beaucoup de « biométhaniseurs » si le contexte du secteur ne s’améliore pas. Parmi ceux-ci, un certain nombre d’agriculteurs. Selon les sources et les acceptations, on dénombrerait en Wallonie de 15 à 17 unités agricoles de biométhanisation. Des chiffres un peu flous, à l’image de la situation dans laquelle se trouveraient aujourd’hui ces intrépides. Pourtant, il y a encore peu, se lancer dans ce type de projet ne semblait pas si téméraire. Les avantages sont nombreux. Les agriculteurs peuvent utiliser un certain nombre de leurs déchets – lisier, purin, fumier, résidus de cultures – comme « intrants » pour le processus de biométhanisation. Ce qui amène une réduction des déchets et des odeurs, une production d’engrais (voir encadré) et surtout d’énergie. Par cogénération (voir encadré), les agriculteurs obtiennent en effet de l’électricité et de la chaleur qu’ils peuvent revaloriser, notamment en revendant l’électricité aux fournisseurs. À moins de la consommer eux-mêmes. Ils reçoivent également des certificats verts (voir encadré).

Une bonne affaire donc, malgré le coût élevé d’une installation : 150 000 euros pour une petite unité de 10 kilowatts, à titre d’exemple. Et une période de cinq à huit années d’attente avant que celle-ci ne devienne rentable.

La course aux déchets

Mais depuis peu, l’histoire s’est corsée. Au point que l’on parle de chiffres allant jusqu’à 500 000 euros de pertes par an pour certaines grosses unités de production. Que s’est-il passé ? « Depuis peu, le prix des certificats verts a fortement diminué. On est ainsi passé de 90 euros du mégawatt-heure à 65 euros. Alors que le seuil de rentabilité est à 75 euros », explique Philippe Hermand, facilitateur en biométhanisation pour la Région wallonne. Autre problème : le prix de rachat de l’électricité par les fournisseurs a chuté. « Il était de 52 euros du mégawatt-heure en 2010. Il est à 39 euros aujourd’hui », d’après Philippe Hermand.

Enfin, on assisterait en quelque sorte à une véritable course aux déchets. Beaucoup d’agriculteurs sont contraints d’aller chercher d’autres déchets que ceux qu’ils produisent afin d’alimenter leurs unités de biométhanisation. Des « intrants » qui peuvent provenir des tontes de pelouses, de cultures, d’autres agriculteurs, ou alors du domaine de l’agroalimentaire (sucrerie, brasserie, graisse, huile, etc.). « Jusqu’ici, les producteurs de déchets payaient les biométhaniseurs pour se débarrasser de ces éléments. Cela allait jusqu’à 10 euros le mégawatt. Aujourd’hui, ce sont les biométhaniseurs qui doivent payer pour les déchets. Jusqu’à 30 euros le mégawatt. Ce qui constitue un différentiel de 40 euros », déplore Philippe Hermand. Comment expliquer ce changement ? La biométhanisation serait devenue énorme chez certains de nos voisins, notamment en Allemagne, entraînant un besoin accru en déchets… qui se sont donc peu à peu transformés en or.

Déjà fragilisés par la situation en Wallonie, les biométhaniseurs du sud du pays verraient donc débarquer des « concurrents » notamment allemands « qui eux touchent jusqu’à 220 euros du mégawatt, alors que nous en sommes à plus ou moins 127 euros en Wallonie. Ils ont donc les moyens de venir acheter des « intrants » ici », explique Dimitri Burniaux, un agriculteur de Surice qui a développé une unité de biométhanisation de 104 kilowatts. Et qui paie aujourd’hui 20 000 euros de plus pour les « intrants » qu’en 2006, date de lancement de son unité.

« On est tous mal lotis »

La situation serait tellement difficile qu’une quinzaine biométhaniseurs wallons, dont Dimitri Burniaux, vient de lancer une fédération nommée « Les biométhaniseurs wallons ». But de l’opération : se mettre ensemble et tenter de faire bouger les choses. « En se rencontrant, personnes issues de petites ou grosses unités, on s’est rendu compte qu’on était tous aussi mal lotis », explique Dimitri Burniaux. Qui affirme « ne pas être dans le rouge », mais devoir faire tourner son unité à plein régime pour nouer les deux bouts. « Par contre, pour ceux qui viennent de se lancer, c’est très très compliqué. Il faut quelque temps avant qu’une unité tourne correctement. Nous avons par exemple eu une panne moteur au début. Il ne faudrait d’ailleurs pas que cela se reproduise, parce qu’avec la situation actuelle… »

Néanmoins, d’autres voix viennent – un peu – tempérer ces inquiétudes. Ainsi en est-il de Cécile Heneffe, cheffe de projet bioénergie chez Valbiom, une asbl qui s’occupe de la valorisation de la biomasse non alimentaire. Si elle confirme les difficultés actuelles du secteur, Cécile Heneffe précise « qu’un projet n’est pas l’autre. Chaque projet est unique et il faut analyser au cas par cas s’il est viable ou pas ». Ce que confirme d’une certaine manière le facilitateur en biométhanisation de la Région wallonne lorsqu’il affirme que malgré la situation certains projets peuvent encore être rentables « dans des conditions optimales ». « Je pense notamment aux petites unités jusqu’à 10 kilowatts, lorsque l’agriculteur peut valoriser la chaleur et consommer lui-même l’électricité », explique-t-il. Enfin, concernant les « intrants », Cécile Heneffe note « que l’on est encore loin d’avoir capté tous les affluents d’élevage. Il y a aussi à titre d’exemple les feuilles de betteraves, les fonds de silos, les pommes de terres refusées ou vitreuses ». Des ressources pourraient donc encore être disponibles.

Pallier l’urgence ?

Malgré ces problèmes, certains politiques ont continué jusqu’il y a peu à encourager les agriculteurs à se lancer dans la biométhanisation. Le 5 juin 2013, Carlo Di Antonio (CDH) – ministre wallon de l’Agriculture – et Jean-Marc Nollet (Ecolo) – ministre wallon de l’Énergie – appelaient dans un communiqué de presse « les agriculteurs wallons à se lancer dans un projet de biométhanisation ». « Il y a urgence à encourager le développement de cette énergie », écrivaient-ils… Étrange.

Pourtant, dans une réponse écrite à nos questions, le cabinet de Jean-Marc Nollet déclare que « le ministre et son cabinet sont bien évidemment au courant de la préoccupation des biométhaniseurs ». « Les biométhaniseurs wallons » ont été reçus au cabinet du ministre le 23 septembre dernier, en présence notamment de Carlo Di Antonio, qui n’a pas été en mesure de répondre à nos questions. Plusieurs pistes seraient étudiées pour les aider. Parmi celles-ci : « l’élaboration d’une véritable stratégie wallonne pour la biomasse » susceptible « de recréer les conditions d’un développement optimal et durable de la filière biométhanisation ». Le cabinet Nollet travaillerait également à « l’identification de pistes de solutions dans le domaine des compétences du ministre, c’est-à-dire l’énergie, et des leviers à sa disposition. Des modifications structurelles sont en discussion comme une réévaluation du soutien à la production ». Un bémol : tout ceci devrait prendre plusieurs mois. Un luxe que peuvent difficilement se payer les agriculteurs, on l’a vu. Aussi, le cabinet de Jean-Marc Nollet déclare-t-il explorer « les possibilités de pallier l’urgence ». Et il invite les biométhaniseurs « à frapper à la porte du ministre de l’Économie et des PME (NDLR Jean-Claude Marcourt (PS)) pour voir s’il était également possible d’agir à ce niveau ».

Notons toutefois pour conclure que du côté des biométhaniseurs wallons, la revendication est simple : un certificat vert en plus par mégawatt-heure. « Simplement pour nous mettre à niveau par rapport à nos voisins », souligne Dimitri Burniaux.

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