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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Carte blanche

Affaiblir le pompier n’éteindra pas l’incendie!

incendie_©bomaDphoto
  • 419
  • Par  CARTE BLANCHE
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Face au recul des solidarités organisées et interindividuelles, les droits des citoyens sont menacés et l’action sociale est en danger! Il est plus que temps d’appeler à la mobilisation pour les défendre. Nous avons décidé de nous rassembler, en nos qualités de citoyens, d’experts, de témoins, de travailleurs sociaux et socio-éducatifs, des secteurs public, associatif et syndical, quelles que soient nos références philosophiques ou politiques respectives au sein d’une même plateforme: actionsocialeendanger.be (qui à ce jour regroupe 19 organisations et 70 citoyens signataires1). Par ce geste, nous démontrons qu’il est temps de dépasser nos différences pour mieux défendre ensemble l’essentiel.

Une culture du profit s’est imposée à tous les échelons de la société – qu’ils soient mondiaux, européens, belges, locaux ou même familiaux. Celle-ci fait primer l’économique sur le politique, soit la logique marchande sur les exigences d’une citoyenneté responsable. La pauvreté est moins perçue comme un défi social à relever au nom de l’égalité entre tous les hommes que comme une charge budgétaire à diminuer.

D’où le détricotage progressif des acquis sociaux obtenus de haute lutte. Au cours des XIXe et XXe siècles, la protection des travailleurs s’était organisée pour répondre à la perte d’emploi, à la vieillesse, aux conséquences de la maladie, de l’invalidité… Des acquis sociaux ont été conquis et engrangés dans l’intérêt du plus grand nombre: droit de grève, allocations de retraite, allocations familiales, congés payés, salaire minimum, temps de travail, assurance-chômage…

Dans notre pays, de nombreux mécanismes correctifs des inégalités sociales ont été institués et développés. Le système social belge fut reconnu comme l’un des plus performants au monde, spécialement à travers la fondation de la sécurité sociale en 1944 et du droit à l’aide sociale en 1976.

Les développements du capitalisme ont entraîné une inversion mentale. Le nouveau paradigme social dominant s’appelle désormais «État social actif». Le regard posé sur le citoyen précarisé a changé. Il n’est plus ce voisin en difficulté envers qui il s’agit de se montrer solidaire, mais l’assisté, le paresseux, le fraudeur… dont la bonne foi et la volonté de redevenir «socialement rentable» doivent être vérifiées.

La prédominance des acteurs marchands va de pair avec une perte de confiance en la représentation politique et en la capacité de l’action publique. Nombre de citoyens ne reçoivent plus de réponses en rapport avec leur situation ou leurs attentes et se sentent exclus de l’accès aux droits fondamentaux. D’autres préfèrent des initiatives privées de soutien «à la carte».

Mais affaiblir le pompier n’éteindra pas l’incendie. «La précarité nous concerne tous parce que ce sont les droits de tous les citoyens, nos droits, qui sont mis en danger.» La précarité touche notre rapport au monde, à soi et à l’avenir.

Voilà pourquoi nous en appelons à une défense citoyenne de l’action sociale, reconnaissant l’accès aux droits fondamentaux pour chacun et le respect des personnes.

Nous en appelons donc à la mobilisation de chacun autour de six engagements:

  • Tout d’abord, nous voulons œuvrer en faveur d’une société plus égalitaire. Le contrat social ne tient que si tous se sentent membres de la société. Quand la société se construit sur des dualités extrêmes, avec une augmentation du nombre d’exclus, tout comme celui des millionnaires, elle s’installe dans une situation de violence sociale.
  • Notre plateforme combat la culture ultra-capitaliste dominante et plaide pour que soit recréé un nouvel imaginaire collectif érigeant l’esprit de gratuité comme un des principes fondamentaux.
  • Notre troisième engagement réside dans la défense des solidarités collectives et citoyennes. Ne considérerons pas leur recul comme une réponse inévitable et imposée à la «crise». Résistons aux politiques qui mettent à mal les mécanismes correctifs des inégalités organisés et/ou soutenus par l’État. Inventons de nouvelles formes d’action sociale publique, capables de répondre aux défis du jour.
  • Ensuite, nous appelons de notre souhait que les organismes publics accompagnent toutes les personnes, quels que soient leurs parcours de vie ou circonstances personnelles. Nous demandons une inconditionnalité de la solidarité. Ce demandeur d’aide pourrait être mon parent, mon enfant, voire moi-même. A contrario, le non-accès aux droits sociaux par les personnes précarisées est une réalité dont l’ampleur est plus grande encore.
  • Le cinquième engagement est fondamental: participer au rapprochement du citoyen et de la chose publique2 par des lieux de dialogue et de règlement de conflits entre les citoyens, associations et institutions. Reconnaissons la légitimité de la parole des citoyens les plus précarisés.
  • Enfin, nous proposons d’interroger les pratiques des travailleurs sociaux et socioculturels des secteurs associatif et public. Et, singulièrement, interroger le cadre qui organise leurs fonctions. Ces professionnels en prise quotidienne avec la précarité appellent à l’aide, car «l’État social actif» les transforme en contrôleurs d’un modèle social individualisant et méritocratique. Cela est contraire à l’accès aux droits fondamentaux pour tous. De plus, l’urgence et la surcharge de travail sont leur quotidien. Il est plus que temps de les soutenir.

L’action sociale nous concerne tous, car elle est une action de la société sur elle-même, une action sur nos parcours de vie.

Tout changement ne pourra survenir que d’un éveil des consciences et d’une remise en perspective des pratiques sociales. Nous proposons concrètement de développer une dynamique nouvelle et fédératrice, via la mise en place de groupes de travail thématiques3 réunissant des citoyens, des professionnels, des experts de différentes disciplines et des représentants politiques et syndicaux, la mise en convergence de toutes les bonnes énergies mues par cette action (ce que nous appelons «les souffles») notamment à travers Internet et les réseaux sociaux, une veille sereine et déterminée face aux menaces actuelles et futures contre l’action sociale, un dialogue avec tous les acteurs sociaux qui s’interrogent sur le dysfonctionnement actuel en vue de proposer des alternatives qui, mises bout à bout, pourraient former un autre modèle de société et donc d’intervention sociale.

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