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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Social et santé

Abrigado abrite les toxicomanes luxembourgeois

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Au Luxembourg, Abrigado1 met à disposition une salle pour permettre aux toxicomanes de consommer héroïne et cocaïne dans des conditions sanitaires sûres. Une façon aussi, pour les travailleurs sociaux, de garder le contact avec cette population marginalisée

Les toxicomanes du Grand-Duché ne doivent plus se cacher sans cesse pour se shooter. Six jours par semaine, ils peuvent venir consommer leur drogue en toute légalité dans les locaux d’Abrigado, un service fondé par le Comité national de défense sociale (CNDS) et inspiré d’un modèle allemand (Hambourg). Coincé entre le pont routier derrière la gare de Luxembourg, deux magasins de pneus et un fast food halal, le bâtiment construit avec des containers gris métallisés se fait plutôt discret. « Ce type de construction impressionne moins les voisins que les briques. Ainsi, ils peuvent continuer à espérer que ce ne soit pas permanent », s’amuse Gilles Rod, le directeur du CNDS.

A l’intérieur, on est saisi par une puissante odeur de désinfectant. Douches, toilettes ou consignes affichent une propreté digne d’un bloc opératoire. La salle de consommation, située au rez-de-chaussée d’un abri de nuit, permet d’accueillir douze consommateurs à la fois. Pour y pénétrer, il faut d’abord traverser une vaste cafétéria égayée par quelques chaises colorées et plantes en pot. Un panneau lumineux, du type de ceux qui trônent dans les administrations et les supermarchés, y règle l’ordre de passage.

Il est 13 h. Le service a ouvert ses portes depuis quelques minutes à peine et déjà une foule bigarrée s’y bouscule. Un punk au visage perforé, un homme sans âge et une jeune brune en jeans, qui cache son visage derrière une longue mèche, se pressent sur les premiers tickets. Un peu nerveux, ils attendent leur tour, les yeux rivés sur le compteur.

De la seringue à la paille

Abrigado offre ce qu’on appelle un service d’accès à bas seuil. A l’exception des mineurs, des personnes sous traitement à la méthadone ou venant de tomber dans la drogue, tous les usagers y sont les bienvenus. Ce qui ne signifie pas que l’on y tolère n’importe quoi. Un minimum de règles est défini, comme le rappelle le règlement d’ordre intérieur affiché bien en vue sur plusieurs murs. Rincer les seringues : deux jours d’exclusion. Deal : une semaine d’exclusion.

Bien entendu, les violences physiques ou verbales sont tout aussi proscrites ! « La violence et l’agressivité font partie de la scène de la drogue. C’est une question de survie. Il arrive qu’il y ait des altercations entre les usagers, mais les violences envers le personnel restent rares », rassure toutefois Patrick Klein, le coordinateur de ce service.
 
En chiffres, Abrigado, c’est une équipe pluridisciplinaire de 30 collaborateurs équivalents à 23 temps pleins et un budget annuel, hors bâtiment, avoisinant les deux millions d’euros. En 2012, le service a enregistré plus de 37 000 visites. La grande majorité des toxicomanes dépendent de l’héroïne. La salle de consommation se divise en deux parties : un fumoir et une salle d’injection. 7 % consomment en sniffant, 36 % en fumant et 57 % en se piquant. Pour diminuer les risques médicaux, Abrigado incite les usagers à passer de la piqûre à l’inhalation. Un argument qui, dans une certaine mesure, parvient à faire mouche. « Pour ressentir la même montée en fumant qu’en se piquant, un consommateur devra utiliser près de trois fois plus de matière. Mais pour un toxicomane de longue durée, qui se pique surtout pour éviter le manque, fumer peut être une alternative valable », observe Patrick Klein.

Un lieu de contact

Si la réduction des risques est au cœur d’Abrigado, le projet ne se borne pas à limiter les overdoses ou les contaminations sanguines. Plus globalement, l’objectif est de favoriser la socialisation. Parmi les toxicomanes qui fréquentent les lieux, 60 % ne viennent d’ailleurs que pour profiter de la cafétéria, sans consommer autre chose sur place. « Abrigado, c’est d’abord un lieu de contact avec une population extrêmement défavorisée. On parle de gens qui, pour la plupart, n’ont pas de papiers, pas d’assurance sociale, pas de minimex, et qui ne trouveront pas d’eux-mêmes le chemin vers l’assistante sociale. Nous sommes leurs derniers référents. On ne veut pas que ces gens disparaissent dans des trous noirs, des cages d’escaliers ou des caves », défend Gilles Rod avec conviction.

Pour le directeur du CNDS, le fait qu’Abrigado soit adossé à cette association qui propose par ailleurs des services dans le domaine du logement ou de l’emploi prend tout son sens dans ce contexte. Sans pour autant entretenir trop d’illusions sur les chances de ces toxicomanes de se réinsérer. « Ici, on n’a pas de leçons à donner. Je ne le cache pas, c’est parfois dur. Pour les membres de l’équipe d’Abrigado, c’est un challenge personnel et professionnel quotidien que d’assister à la déchéance de personnes qui se foutent en l’air et d’accepter que ça arrive. »

Patrick Klein conclut de la même façon : « Ils rêvent tous d’arrêter la drogue un jour. Mais tout le monde n’en est pas capable. C’est comme la cigarette. Ici, on est là pour accueillir les gens sans les juger. Sans rien leur demander en retour. Et si, un jour, ils nous disent qu’ils veulent essayer de s’en sortir, qu’ils ont un projet, on est là pour les écouter et les orienter. »

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