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Alliance emploi-environnement : promesses tenues?

Alter Échos n° 384 17 juin 2014 Julien Winkel

L’alliance emploi-environnement wallonne (AEE) fait ses comptes. Et publie des résultats, commentés pour Alter Échos par trois représentants de partenaires impliqués dans l’AEE.

C’est l’heure des bilans pour Jean-Marc Nollet (Écolo), qui était toujours ministre wallon du Développement durable à l’heure où nous écrivions ces quelques lignes. Le ministre a publié sur son site Internet le bilan 2010-2014 de la première alliance emploi-environnement. Dédiée à la construction durable, elle a mobilisé pas moins de 44 partenaires autour de plus de 52 mesures. Pour rappel, il s’agissait d’« améliorer la qualité du bâti wallon et des performances énergétiques associées, tout en orientant le secteur de la construction vers une approche plus durable et en renforçant son niveau d’emploi ». Le tout en travaillant autour de trois axes : stimuler la demande en rénovation/construction durable, renforcer l’offre et les capacités du secteur de la construction, et développer les compétences via les formations vertes.

Pour le ministre et le gouvernement, c’est sûr : les effets de l’alliance sont positifs. Pour faire le bilan de son côté et tenter de mettre cet optimisme en perspective, Alter Échos a posé quelques questions à trois interlocuteurs : Francis Carnoy, directeur général de la Confédération construction wallonne (CCW); Jean-Luc Bodson, chargé de projet chez Solidarité des alternatives wallonnes et bruxelloises (Saw-b); et Eric Mikolajczak, secrétaire général de l’Interfédération des EFT/OISP (que l’on appelle aujourd’hui des CISP, pour centres d’insertion socioprofessionnelle). Pour ces deux derniers interlocuteurs, rappelons que les secteurs de l’insertion socioprofessionnelle et de l’économie sociale étaient impliqués dans le processus de l’alliance. Voici leurs réponses.

Jean-Luc Bodson

bodsonAlter Échos : Qu’est-ce qui a bien fonctionné selon vous?

Jean-Luc Bodson : La concertation des acteurs, rapprochée et respectueuse de toutes les parties. La participation et l’implication de la toute jeune administration du développement durable qui permet d’envisager la continuité du travail. La rapidité de mise en œuvre des décisions une fois qu’elles ont été prises.

A.É. : Qu’est-ce qui a moins bien fonctionné?

J.-L.B. : La connexion entre les différents projets et acteurs de l’alliance et la mise en réseau des initiatives auraient pu être amplifiées.

A.É. : Saw-b est notamment impliquée dans les clubs d’entreprises C Durable, dont l’objectif est de réunir des entreprises « traditionnelles » et des entreprises d’économie sociale. Quel bilan tirez-vous de cette expérience?

J.-L.B. : Positif, tant en termes de management qu’au niveau du contenu. Le concept a été pensé et conçu au sein de Saw-b, puis élargi dans un dialogue d’échange avec la Confédération construction wallonne. Les grappes d’entreprises (clusters) Écoconstruction et Cap 2020 ont été ensuite associées. Le projet a été présenté au cabinet Nollet qui l’a adopté rapidement et intégré dans l’alliance. Il faut préciser que ce projet met autour de la table quatre partenaires qui ne sont pas naturellement des partenaires privilégiés. En termes de contenu, chaque club pilote son parcours de manière autonome. Des résultats concrets sont engrangés : visites d’entreprises wallonnes productrices de matériaux de construction, collaborations sur chantier, stages en entreprise, plans et projets mis en discussion entre membres des clubs, etc. Et les qualifications à l’emporte-pièce du secteur de la construction (le secteur classique se plaint parfois d’une concurrence déloyale de la part de l’économie sociale, NDLR) concernant les entreprises d’économie sociale sont en retrait au sein des entreprises classiques qui côtoient aujourd’hui les entreprises sociales au sein des clubs C Durable.

A.É. : Vous avez aussi travaillé sur l’insertion des clauses sociales dans les marchés publics. Un « réseau facilitateurs clauses sociales » a été créé.

J.-L.B. : L’objectif du projet est de mettre en place un dispositif de facilitateurs en Wallonie pour amener les pouvoirs adjudicateurs et les entreprises à prendre en compte les objectifs sociaux du développement durable dans les marchés publics de travaux dans le secteur du bâtiment. Le tout par l’insertion de clauses sociales dans les marchés publics. La clause sociale est une clause par laquelle un pouvoir adjudicateur poursuit, au travers d’un marché public, un objectif de formation ou d’insertion socioprofessionnelle de demandeurs d’emploi peu qualifiés, d’apprentis, de stagiaires, d’apprenants ou de personnes en situation de handicap.

A.É. : Concrètement, que s’est-il passé?

J.-L.B. : Une plate-forme de travail a été constituée début 2013. Elle est composée de Saw-b, du Service public de Wallonie, de la CCW, de l’Union wallonne des architectes, de la Société wallonne du logement (SWL), de l’Union des villes et communes de Wallonie (UVCW) et de deux opérateurs : le Forem et l’Ifapme. En 2013 et début 2014, elle a mené de nombreux travaux : mise en réseau des facilitateurs clauses sociales, définition et rédaction des clauses types, conception d’outils destinés aux pouvoirs adjudicataires et aux entreprises, prise de contact avec les opérateurs de formations, etc. Aujourd’hui, plusieurs facilitateurs sont opérationnels depuis peu au sein de la CCW, de Saw-b, de la SWL pour les sociétés de logements sociaux. Les trois clauses sociales élaborées par le réseau sont finalisées et validées. Une première clause vient d’être intégrée dans un cahier de charges de l’Ifapme.

A.É. : Êtes-vous pour une deuxième alliance, elle aussi basée sur la construction durable?

J.-L.B. : L’alliance doit se poursuivre, elle ne peut être arrêtée au milieu du gué. Ce serait un non-sens et plus encore un facteur de démotivation chez tous ceux qui s’y sont investis. Elle doit se poursuivre dans un esprit de participation transparente.

Francis Carnoy

aee_carnoyAlter Échos : Le ministre Nollet dresse un bilan très positif de la première alliance emploi-environnement. À le croire, on compterait 4 700 emplois liés à l’alliance sur la période 2010-2014. Que vous inspire ce constat?

Francis Carnoy : Nous dressons un bilan positif de l’alliance, mais avec des bémols. Concernant les chiffres, c’est une évaluation maximaliste. Je vous invite à aller voir l’évaluation de l’Iweps (qui parle de 1 260 emplois créés par le Pivert et de 1 000 à 2 350 emplois par l’écopack, NDLR). Il faut de plus relativiser : de manière plus générale, le secteur wallon de la construction a perdu 3 000 emplois salariés sur la période 2012-2013. L’alliance a peut-être permis de limiter la casse.

A.É. : L’effet sur la stimulation de la demande a donc été réel?

F.C. : L’alliance a permis de développer l’activité de rénovation grâce à l’écopack (un emprunt à 0% destiné aux ménages wallons désireux d’améliorer la performance énergétique de leur habitation par des travaux de rénovation, NDLR). Il y a clairement eu un surcroît de demandes de la part de gens qui ne l’auraient pas fait sans cela, même s’il y a peut-être eu un effet d’aubaine. 30 000 écopacks ont été demandés, 8 000 octroyés jusqu’ici.

A.É. : Vous avez collaboré avec Saw-b dans le domaine des clauses sociales notamment. Qu’en pensez-vous?

F.C. : Pour nous, les clauses sociales permettent de lutter contre le dumping social, même si le point négatif est que cela entraîne une surcharge de travail administratif pour l’entreprise. Nous venons dans ce cadre d’engager deux facilitateurs qui aideront les entreprises à remplir les dossiers relatifs aux clauses sociales.

A.É. : Des clauses qui seront intégrées dans le nouveau cahier des charges Bâtiment 2022…

F.C. : Oui, ce cahier des charges est un très bon outil, même si on a eu tendance à le présenter comme centré sur les clauses sociales et environnementales. Ce qui n’est pas tout à fait le cas selon moi.

A.É. : Vous avez aussi collaboré aux clubs C Durable…

F.C. : Oui, ce sont en quelque sorte des déclinaisons locales des grappes d’entreprises. Nous essayons de créer des partenariats avec l’économie sociale, notamment pour qu’elle puisse faire de la sous-traitance. Il s’agit aussi de dépasser certains jugements des très petites entreprises (TPE) qui considèrent l’économie sociale comme de la concurrence déloyale. Nous essayons de voir l’économie sociale plus comme des partenaires que comme des concurrents.

A.É. : Êtes-vous pour une deuxième alliance, elle aussi basée sur la construction durable?

F.C. : Oui, les besoins sont là. Mais si Écolo n’est plus dans la majorité, est-ce qu’une deuxième alliance sera inscrite dans la déclaration de politique générale du gouvernement? Et que va-t-il devenir des projets de la première alliance qui sont encore en cours?

 

Eric Mikolajczak

aee_mikolajczakAlter Échos : Le ministre Nollet dresse un bilan très positif de la première alliance emploi-environnement. À le croire, on compterait 4 700 emplois liés à l’alliance sur la période 2010-2014. Il parle également de 42 millions d’euros engagés dans la formation. Que vous inspire ce constat?

Eric Mikolajczak : Il est difficile de se prononcer, car nous ne pouvons vérifier ces chiffres! En ce qui concerne le secteur des EFT/OISP, nous avons bénéficié de 150 000 euros de subventions à l’équipement et de 1,43 million (dont +/- 1,25 million attribués) pour l’appel à initiatives plan Marshall2.Vert pour les années 2012-2013. Un budget plus important (2,4 millions d’euros) sera consacré à un nouvel appel, pour les années 2014-2015. Ce budget n’est pas réservé aux seuls EFT/OISP.

A.É. : Il était prévu que le Forem fasse des propositions sur le contenu d’un appel à projets relatif au développement de formations de préqualification additionnelles, entièrement consacrées aux métiers de l’alliance emploi-environnement et autres métiers verts. Le tout après consultation du secteur des EFT/OISP. C’est bien à cela que vous pensez lorsque vous parlez d’appel à initiatives?

E.M. : Oui. Il s’agissait de permettre l’émergence de nouveaux modules de formation dans le domaine de l’écoconstruction : modules de sensibilisation, modules de perfectionnement et échanges de pratiques entre professionnels. Si ma mémoire ne me trahit pas, 22 opérateurs CISP – ex-EFT/OISP – ont été concernés par l’appel à projet global. Nous avons cependant eu un problème : l’appel à initiatives, initialement programmé sur trois ans, s’est interrompu après un an, avant d’être relancé mais avec une rupture de neuf mois! Ce qui est préjudiciable pour les opérateurs.

 A.É. : Un bilan néanmoins positif?

E.M. : Selon le Forem, l’évaluation a montré que les objectifs ont été rencontrés. Mais nous ne l’avons pas reçue.

A.É. : Que faut-il faire à l’avenir? Êtes-vous pour une deuxième alliance, elle aussi basée sur la construction durable?

E.M. : Certainement, mais en évitant des coupures dans la succession des appels.

Aller plus loin

Alter Echos n°324 du 09.10.2011 : Emploi-environnement : l’esprit de l’alliance en Wallonie

A propos de l'auteur

Julien Winkel


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Dans ses rêves d’enfance, Julien se voyait astronaute. À tel point qu’il imaginait qu’une fusée l’attendrait à la sortie de l’école pour l’emporter dans les étoiles, loin de ce monde de brutes. Lorsqu’on l’interroge sur ses héros, Julien affiche une belle cohérence puisqu’il cite Ian Solo et Marty Mac Fly. Pourtant, quelques années plus tard, c’est avec un diplôme de journaliste et un master européen en étude du spectacle vivant qu’il se retrouve. En tandem avec Cédric Vallet, Julien forme ainsi le pôle excellence de la rédaction. Il entretient en parallèle une passion extrême pour la musique : « surtout la musique noire américaine des 50’/60’s/70’s : soul, blues, funk. Il y a tellement d’émotion, de beauté, de drames, de rêves de rédemption et de vie dans cette musique qu’elle permet de ne pas finir racorni par les aléas de la vie et de ne pas totalement désespérer de l’espèce humaine. » Une envolée lyrique digne de la plume qu’il manie au service d’une « information jugée plus importante que jamais bien que vraiment galvaudée en de trop nombreuses occasions ». julien [dot] winkel [at] alter [dot] be

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