Partager par e-mail Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur LinkedIn Partager sur Google+ Impression

Akkro fun school : un voyage contre le décrochage

Alter Échos n° 360 21 mai 2013 Cédric Vallet

L’AMO Globul’in1, à Dinant et l’école George Cousot, lancent un projet contre le décrochage scolaire : Akkro fun school. Un voyage à l’étranger pour remobiliser des élèves un peu perdus.

L’école technique et professionnelle George Cousot, à Dinant, semble bien tranquille en ce début de mois de mai. Les élèves alanguis profitent enfin des rayons de soleil et s’échangent quelques vannes en fumant une cigarette. Les reflets de la Meuse, à quelques mètres, font plutôt penser aux vacances qu’aux difficultés scolaires. Et pourtant, celles-ci ne sont pas rares. Selon Kateline Demeure, conseillère en régularité au sein de l’établissement, « près de 20 % des élèves présentent des troubles de décrochage ». Bien souvent, ces troubles s’imbriquent dans des difficultés sociales ou familiales bien plus vastes. « Nous sommes dans une école technique et professionnelle qui concentre beaucoup d’élèves de milieux précarisés, ajoute la conseillère. Il y a souvent parmi les décrocheurs, des enfants de parents au chômage ou des jeunes des « domaines » (NDLR issus des « habitats permanents en camping »). A la maison, on ne leur offre souvent pas de vision de l’utilité de l’école. »

Pour tenter de faire face au décrochage, le service d’aide en milieu ouvert (AMO) Globul’in, a lancé très récemment un projet nommé « Akkro Fun School ». L’idée : agir en amont. Prévenir le décrochage dès les premiers symptômes en mobilisant les élèves autour d’un projet fédérateur : un voyage à l’étranger.

Globul’in travaille main dans la main avec l’école Cousot, et ce depuis plusieurs années. Il leur a donc paru évident d’approfondir la collaboration sur cet enjeu qui touche toutes les institutions qui gravitent autour des jeunes. « J’ai été souvent appelée, dans le cadre des suivis individuels de l’AMO, pour de grosses situations de décrochage », explique, Virginie Want, assistante sociale de l’AMO qui porte ce projet.

Ne manquaient plus que des fonds. Akkro fun school a fort opportunément remporté un « award » décerné par la banque BNP-Paribas. A la clé, un petit chèque qui lui permet de se lancer dans l’aventure, en compagnie de ses partenaires : l’école Cousot, on l’a dit, mais aussi Dynamo International et le Bureau international de la jeunesse.

« Stimuler un projet de vie »

Akkro fun school se résume très simplement : une poignée de jeunes s’organise en groupe pour préparer tout au long de l’année leur projet de mobilité internationale. Pour cette première édition, ils sont dix-huit. Ils apprennent à fonctionner en groupe. Se rencontrent en ateliers une fois par mois. S’échappent quelques jours à la campagne pour créer de la cohésion. Ils choisissent leur destination, et élaborent des partenariats. Leur objectif est désormais défini : ils partiront du 26 octobre au 2 novembre à Ankara. Encadrés par une association, ils rencontreront des jeunes d’une école locale et discuteront en anglais.

Virginie Want en est convaincue, rencontrer des jeunes à l’étranger, partir, échanger, reste le plus sûr moyen de s’ouvrir et de prendre du recul : « En redonnant du plaisir à l’ouverture au monde pour des jeunes qui ne se mobilisent plus, en provoquant des ruptures culturelles, on leur permet de voir leurs problèmes d’une autre manière. » « C’est une stimulation sur leur projet de vie, ajoute Kateline Demeure. Cela permet de leur montrer que d’autres choses peuvent se faire. » Car voyager est pour certains élèves une expérience hors normes, comme l’explique la conseillère : « Pour les enfants des domaines, ou pour ceux qui sont en internat et suivis par le Service d’aide à la jeunesse, aller à Namur, c’est déjà quelque chose, alors l’opportunité d’aller à l’étranger est pour eux une très chouette expérience. » Une expérience valorisée grâce à l’obtention d’un Youth pass européen, car ce projet s’inscrit dans le cadre du programme européen « Jeunesse en action ».

Chez Globul’in, on rêvait d’un projet fort. « L’idée n’est plus de courir après les jeunes, mais qu’ils courent après nous », résume Virginie Want. Lorsqu’on écoute la jeune Marion, on se dit que cela peut fonctionner. Sa motivation : le voyage à l’étranger. « C’est la première fois que je vais voyager à l’étranger, confie-t-elle. Je suis partie une fois en vacances à la mer, à Coxyde. J’ai vraiment envie de rencontrer des gens d’autres pays. Et là, on en a l’opportunité. » Quand on l’interroge sur sa relation à l’école, Marion porte un regard lucide : « C’est vrai que je décroche dans tout ce qui est scolaire. Je me mets tout le temps avec ceux qui foutent le bordel, mais j’ai l’impression que ça s’améliore. » Quentin, lui, a déjà eu la chance de voyager. « A Londres, avec mon ancienne école », dit-il. Cet élève de troisième professionnelle, filière bois, est excité à l’idée d’aller en Turquie, « pour apprendre des langues, rencontre d’autres jeunes ». S’il admet volontiers « rater beaucoup l’école », il ne rate rien des ateliers qui concernent Akkro fun school.

Agir dès les premiers signes de décrochage

Akkro fun school vise les jeunes qui présentent de premiers signes de décrochage scolaire, comme l’inattention, les retards, les bagarres et, bien sûr, les absences. Mais pour éviter tout caractère discriminant, le projet est officiellement ouvert à tous. Notons tout de même que la conseillère en régularité aiguille certains élèves vers l’AMO et ses ateliers qui ont lieu dans l’enceinte de l’école. Plus étonnant, pour sélectionner les élèves qui iront effectivement à l’étranger, ceux-ci doivent défendre leur motivation devant un jury. Sur les dix-huit retenus, Kateline Demeure estime que seuls deux élèves n’ont pas de problèmes scolaires. « Cette mixité permet de tirer le projet vers le haut », estime-t-elle.

Pour l’AMO, le voyage à l’étranger n’est pas un but en soi. C’est ce que nous apprend Virginie Want : « L’objectif réel est d’arrêter l’escalade des ruptures. En mettant le réseau spécialisé au cœur de l’école, nous essayons d’entendre la véritable demande qui se cache derrière le décrochage. » Akkro fun school a l’ambition de prévenir le décrochage en travaillant sur des « facteurs de risque ». Dans cette optique, chaque élève participant doit identifier le « plus petit comportement qui pose problème ». Marion, par exemple, a pointé qu’elle avait « un peu trop de répondant ». Ensuite, les élèves travaillent sur ce comportement. Tous endossent des responsabilités de « coach » en lien avec leur « plus petit comportement ». Chaque participant est suivi individuellement par l’AMO. Même ceux qui fréquentent assidument l’école. « Car ils peuvent avoir des problèmes émotionnels ou de confiance en eux », explique Virginie Want. L’assistante sociale de l’AMO pousse même le bouchon un peu plus loin en se rendant au moins une fois dans chaque famille. « Nous souhaitons remobiliser le jeune, mais aussi sa famille. Le projet peut permettre aux parents de voir leur enfant d’un autre œil », conclut-elle.

« Faire que les jeunes deviennent acteurs de leur propre vie », « leur montrer d’autres façons d’apprendre », « leur donner la niaque », « valoriser ces jeunes à qui l’on colle des étiquettes » sont autant de phrases qui permettent à Virginie Want de qualifier son projet et surtout, de valoriser les jeunes qui y participent.

Premier jet d’une expérience qui reste à affiner, Akkro fun school pourrait perdurer. C’est en tout cas ce que souhaite l’assistante sociale de l’AMO. Ce projet pourrait par exemple devenir une option à part entière au sein de l’école. Histoire de poursuivre une collaboration qui fonctionne.

 

1. Globul’in :
– adresse : rue du collège, 5 à 5500 Dinant
– tél. : 082 22 49 02
– courriel : info@globulin-amo.be

Pssssttt, cher.chère visiteur.euse du site d’Alter Échos !!!

Sache que ta présence sur notre site nous réjouit. Sache aussi que nous sommes heureux que vous soyez si nombreux.ses à nous suivre sur le web. Nous avons choisi de mettre en accès libre une grande partie de nos articles … pour le partage & pour répondre à notre mission d’éducation permanente. Mais produire une information de fond & de qualité implique un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous à nos revues !

A propos de l'auteur

Cédric Vallet

Cédric nous vient tout droit du Sud… de la France, de Montpellier précisément. D’ailleurs, s’il ne devait pas travailler, il passerait son temps à jouer à la pétanque. Avec son collègue Julien Winkel, il forme le « pôle excellence » de la rédaction d’Alter Échos. Ce qui explique que son héros, c’est ledit Julien Winkel, dans ses grands jours. Doté d’un sens de l’humour bien aiguisé dont il fait souvent montre dans ses papiers, Cédric nous définit le social comme un bolo au Verschueren ; « ça n’existe plus mais c’était « social ». Il pratique le journalisme pour contredire tout le monde, tout le temps, à commencer par lui-même. cedric [dot] vallet [at] alter [dot] be

A la Une