Partager par e-mail Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur LinkedIn Partager sur Google+ Impression
Edito

Accompagner ou résister, telle est la question

Alter Échos n° 434 30 novembre 2016 Julien Winkel

Y a deux écoles, comme on dit. Singulièrement en ce qui concerne les politiques de l’emploi ces derniers temps. D’un côté se trouvent ceux que nous appellerons les partisans de l’adaptation. Leur raisonnement est simple: l’évolution du marché du travail vers plus de flexibilité, de boulots multiples et cumulés, de changements en cours de carrière ou de numérisation est inéluctable. Autant dès lors l’accompagner et proposer des modèles permettant de mettre en place une certaine protection sociale tenant compte de toutes ces mutations. But de l’opération: tenter de ne laisser personne sur le côté en se départissant d’une rigidité idéologique mal placée. De l’autre côté du spectre campent les adeptes d’une certaine forme de résistance. Pour eux, s’adapter à ces évolutions, c’est entériner la précarisation croissante d’une partie des travailleurs. Il faut donc résister, quitte à laisser certains travailleurs évoluer momentanément dans une absence de cadre légal. Et à les condamner au travail au noir ou à une plus grande précarité encore. Notons aussi que beaucoup de ces «résistants» sont convaincus que des outils légaux déjà existants permettent de prendre en compte les nouvelles réalités du marché du travail. Tout en n’entrant pas dans ce qu’ils considèrent comme une spirale de dérégulation.

Un exemple simple permet de prendre la mesure de ce débat. Face à l’émergence de l’économie collaborative, le cabinet de Kris Peeters (CD&V) – ministre fédéral de l’Emploi – travaille actuellement à l’élaboration d’un statut de «travailleur autonome», situé quelque part entre le salarié et l’indépendant. Les tenants de l’adaptation argueront que ce statut permettra de sortir les travailleurs de l’économie collaborative du flou actuel et de leur garantir un début de protection. Les partisans de la résistance riposteront en affirmant que l’on entérine là l’existence d’une forme de travail précaire. Et que les statuts d’employé ou d’indépendant pourraient suffire.

Dans ce débat, inutile de vous dire que nous sommes bien en peine de nous prononcer. Voilà l’exemple typique du dossier où les arguments des uns et des autres semblent tout aussi audibles. Tout dépend finalement du point de vue où l’on se place. À vous de jouer donc…

Aller plus loin

«Smart, la cannibalisation du salariat?», Alter Échos n°431, 24 octobre 2016, Cédric Vallet.

«Des syndicats pour tous?» Alter Échos, n°431, 24 octobre 2016, Julien Winkel.

A propos de l'auteur

Julien Winkel

Dans ses rêves d’enfance, Julien se voyait astronaute. À tel point qu’il imaginait qu’une fusée l’attendrait à la sortie de l’école pour l’emporter dans les étoiles, loin de ce monde de brutes. Lorsqu’on l’interroge sur ses héros, Julien affiche une belle cohérence puisqu’il cite Ian Solo et Marty Mac Fly. Pourtant, quelques années plus tard, c’est avec un diplôme de journaliste et un master européen en étude du spectacle vivant qu’il se retrouve. En tandem avec Cédric Vallet, Julien forme ainsi le pôle excellence de la rédaction. Il entretient en parallèle une passion extrême pour la musique : « surtout la musique noire américaine des 50’/60’s/70’s : soul, blues, funk. Il y a tellement d’émotion, de beauté, de drames, de rêves de rédemption et de vie dans cette musique qu’elle permet de ne pas finir racorni par les aléas de la vie et de ne pas totalement désespérer de l’espèce humaine. » Une envolée lyrique digne de la plume qu’il manie au service d’une « information jugée plus importante que jamais bien que vraiment galvaudée en de trop nombreuses occasions ». julien [dot] winkel [at] alter [dot] be

A la Une