Pendant plusieurs jours, je me suis réveillée avec des bruits de cours de récré et des babillages insupportables. Cucul la praline à souhait mais, hélas, pas totalement inoffensif.

« - Moi, mon père, il a une voiture avec sept places !

- Et ben moi, mon père, il a une voiture qui roule à du 200 km/h

- Et moi, un 4x4 !

- Et moi, ma maman, elle a acheté une voiture qui pollue moins. Papa est

content, elle a reçu mille euros ! »

Cauchemar éveillé ? Non : la dernière trouvaille radiophonique de la Région wallonne pour vendre son écobonus. La prime, de maximum 1000 euros, sort de la musette du ministre wallon du Budget et des Finances, Michel Daerden, afin de récompenser les Wallons qui achètent des véhicules à faible émission de CO21. Ah bon ! C’était ça, le message ? Moi, j’avais compris tout autre chose : les papas, ils achètent des grosses bagnoles bien viriles, pendant que les mamans se font offrir des voitures à pédales qui permettent de faire des économies au ménage. Résumons : Les pères sont des espèces de beaufs qui roulent avec de grosses machines puissantes à du 200 km/h – après tout, ce n’est pas une campagne pour la prévention routière, hein, on peut y aller... – très polluantes (4x4) et qui font des économies sur le dos de leurs femmes. Quel beau message institutionnel ! Quelle subtile approche écologico-pédagogique. Dans la bouche des enfants, ça sonne tellement juste. En deux mots comme en cent : une merveille !

Dans le même genre, la publicité d’Electrabel « Ensemble pour moins de CO2 » vient d’être épinglée par le Prix « J’en pince pas » de Vie féminine pour sa vision « stéréotypée et sexiste » des hommes et des femmes, là encore, interprétée par des enfants. Souvenez-vous : une fillette apportait le casse-croûte à de jeunes garçons en bleu de travail, suant sang et eau pour l’avenir écologique du pays. Ce qui est gênant dans tout ceci, ce n’est pas seulement le sexisme publicitaire – si la publicité véhiculait des valeurs intelligentes, ça se saurait - c’est aussi qu’il soit porté par des acteurs institutionnels censés s’adresser à tous sans distinction.

Voilà, en tout cas, de quoi faire s’arracher les cheveux à ces travailleurs sociaux et enseignants qui s’échinent à combattre la misogynie précoce, les préjugés et stéréotypes liés aux genres qui polluent les jeunes cerveaux via un matraquage publicitaire indécent. Mais non, tout n’est pas pourri en ce bas monde : c’est le moment de se souvenir de la très belle initiative des AMO bruxelloises qui ont réalisé des mallettes pédagogiques sur le genre, destinées aux publics jeunes2. On ne pourrait que trop suggérer à nos amis de l’Aide en milieu ouvert de garder quelques exemplaires de côté pour les gourous de la pub, les ministres3 et cabinettards sans imagination. Il n’est jamais trop tard pour apprendre.

Aurore D'Haeyer