Quelque part en Wallonie, 8h30 du matin. Errant sous la neige parmi les travées d'un petit stade de football, un journaliste cherche son chemin. Après s'être levé avant même l'aube, avoir sauté dans un bus de la Stib qui avait dû oublier de s'arrêter de circuler, pour enfin se brûler les lèvres avec du café recuit en se calant bien confortablement dans son siège de train, notre plumitif se demande où il a pu tomber. Il fait froid et il ne semble y avoir personne dans le gymnase vers lequel il se dirige sans même savoir pourquoi. C'est que rien, pas même une série de petit cailloux dispersés façon « Petit Poucet », n'indique l'endroit ou est censée se dérouler la matinée pour laquelle il s'est violemment arraché des bras de Morphée. Néanmoins, en approchant, il aperçoit de plus en plus clairement, entre les flocons, un homme à la stature imposante, vêtu d'un grand tablier blanc et d'un large pantalon. Serait-ce l'ogre de la légende de Perrault ? Si c'est le cas, le voilà qui tient de bien appétissantes couques à la main...
En fait, à y regarder de plus près, il se trouve que notre homme est le traiteur engagé pour la matinée et qu'il est en train d'installer ses victuailles. Seul problème, il est le seul être vivant présent dans une salle au bout de laquelle trônent une table et une petite installation sono, perdues dans le vide et la lumière un peu glauque des néons. Pas de chaises, pas de bruit, et surtout, pas de foule. Ce qui, à un quart d'heure du début programmé de l'évènement, est plus qu'inquiétant. Nous sommes mercredi, jour de bouclage, et le journaleux comptait bien sur cet évènement pour obtenir « de la matière » destinée à la production d'un article, le soir même, une fois rentré à Bruxelles. Marmonnant dans sa barbe quelques malédictions à l'encontre de cette organisation pour le moins déficiente, il décide néanmoins de prendre son mal en patience, aidé en cela par un gros croissant bien gras. Les minutes, puis les heures passent et l'assistance arrive au compte-goutte, comme si elle sortait d'une course de chiens de traineaux, l'air hagard, mais heureuse d'être arrivée au refuge. C'est que dehors, la neige redouble d'ardeur. Un collègue de la rédaction annonce 900 kilomètres de file sur les routes et aux dernières nouvelles, les organisateurs de la matinée errent quelque part aux alentours du stade en évitant les congères et les meutes de loups affamés.
Finalement, après plus de deux heures d'attente angoissée, l'heure de la délivrance sonne. Débarquant dans un halo de lumière, les intervenants font leur entrée, au grand bonheur de la vingtaine de rescapés du blizzard. Surmontant son envie d'aller leur dire que « Lui, il était là depuis 8h30... », le journaliste se dirige vers ceux qui, il l'espère, pourront bientôt lui donner de bonnes informations et, surtout, de bonnes raisons de ne pas regretter d'avoir attendu si longtemps. Il est 11h30, il neige toujours. Et dire qu'après, il va falloir rentrer sur la capitale...
Illustration : Wikimedia, Gustave Doré