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Carte blanche
«Pour beaucoup de jeunes, l'horizon se rétrécit.» © Flickrcc Giuseppe Milo

20 ans d'insouciance contre 20 ans d'inconscience

Alter Échos n° 414-415 9 janvier 2016 Alter Échos

Des milliers d’articles, des centaines de colloques, de recherches… L’Agence Alter vient de souffler ses 20 bougies! Pour l’occasion, il nous tenait à cœur  de donner une place dans nos pages à notre «communauté»: anciens de l’Agence, personnalités que l’on interviewe régulièrement ou qui nous lisent depuis 20 ans. À chacun, nous avons demandé de répondre à l’une des questions suivantes: Quelle enquête voudriez-vous mettre à la une d’Alter Échos? De quoi rêveriez-vous pour votre secteur dans les 20 années qui viennent? Quelle politique mèneriez-vous si on vous confiait un portefeuille ministériel? À quoi ressemblera votre secteur dans deux décennies?

«20 ans d’insouciance contre 20 ans d’inconscience» est une contribution de Bernard De Vos, délégué général aux Droits de l’enfant.

En vingt ans, vingt ans c’est devenu le temps d’une vie.

Bien sûr, le nombre de centenaires explose et les maisons de retraite débordent confirmant que les progrès de la médecine n’y sont pas allés de main morte. La notion même de jeunesse s’est adaptée chemin faisant: là où, il y a moins de cent ans à peine, l’adolescence n’était qu’un concept futuriste, elle s’étend désormais jusqu’à pas d’âge: les organisations de jeunesse recrutent jusqu’à 35 ans et l’Aide à la jeunesse pourrait trouver raisonnable de passer de 18 à 25 ans…

Mais, paradoxalement, pour beaucoup de jeunes, l’horizon se rétrécit. Et la longévité promise à certains n’est que chimère pour d’autres. Quelques-uns finissent avec fracas sur des champs de bataille improbables à l’autre bout du monde, d’autres se font littéralement exploser sous nos propres fenêtres. Et la médecine ne leur sera d’aucun secours. Aucune opération chirurgicale, aucun antidépresseur ne viendra à bout de ces maux qui nous accablent: le désespoir et la désillusion.

Soit. Au cours des dernières décennies, nous avons copieusement mésestimé le malaise social grandissant, les inégalités flagrantes, les logiques d’apartheid qui s’installaient au sein de nos propres villes. Ne nous reste plus qu’à nous ressaisir, à réenchanter le politique, à réinventer du lien social et à combattre toute forme d’inégalité. Le virage est serré et d’aucuns prétendent qu’il est déjà trop tard pour le négocier. Il faudra du courage, de la persévérance et une bonne dose d’enthousiasme pour gagner ce pari fou: balayer 20 ans d’inconscience pour espérer 20 autres et plus d’insouciance. Et refuser définitivement que 20 ans puissent être toute une vie.

Si vous le souhaitez, lisez ici les autres contributions réalisées à l’occasion de nos vingt ans.

 

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